Olivier Louvel 4tet
Scène du Jardin
jeudi 27 juillet 2017 - 18:30
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Il y a des artistes qui se définissent, à l’instar de leurs pairs dans l’histoire des arts en Occident jusqu’à la fin du 18ème siècle, à la manière des artisans (“Connait-on le nom des auteurs de la cathédrale de Chartres ?” s’étonnait un jour le cinéaste I. Bergman) et d’autres qui depuis lors prennent la pose de l’artiste-auteur. À cette mode on doit ainsi des metteurs en scène plus grands que les dramaturges, des chefs d’orchestre plus beaux que les compositeurs et tutti quanti.

Et puis il y a ceux enfin, nos contemporains, qui sans l’avoir nécessairement cherché s’efforcent de maintenir l’équilibre entre les deux. Au service du collectif ou d’autres interprètes parfois et parfois œuvrant pour leur propre compte.

Tout cela pour dire que le guitariste Olivier Louvel appartient à cette catégorie, ne le privant en rien des délices de la création personnelle.
Des centaines de collaborations à la scène ou au disque ; et fort de cette endurance, seulement cinq albums à son nom propre. Le dernier en date “
Tangerine sparkle” a fait l’objet d’un concert dans les foyers du Théâtre de Caen. En trio avec Gilles Coquard à la contrebasse et Stéphane Huchard à la batterie, Olivier Louvel avait pour invité celui qui figure également dans ce dernier album, le saxophoniste Hervé Gourdikian.
Entre minimalisme et saturation, le guitariste déploie une palette sonore d’une grande richesse et d’une grande sensibilité. Cette volonté passe par une recherche constante d’un équilibre qui ne génère d’ailleurs aucune tension dans l’inspiration mais au contraire qui débouche sur une invention d‘un univers formel sensible. La référence assumée de cet album aux couleurs est certes l’occasion d’une belle variété de climats sonores mais est aussi prétexte à de micro-récits ; nous rappelant que la musique du trio n’oublie jamais l’horizon mélodique. Et que, de ce fait, elle ne perd jamais de vue non plus son auditeur. A ce titre la composition “
Black jet” est exemplaire. Inspirée d’un souvenir d’enfance de corbeaux noirs se jetant tête baissée vers le sol avant de reprendre leur vol in extremis est particulièrement riche d’images suscitées par la palette sonore du guitariste. Ces volatiles semblent tout droit sortis du film « Rêves »(1990) d’Akira Kurosawa lorsqu’il anime sous nos yeux le tableau de Van Gogh célèbre pour ces mêmes corbeaux en présence du peintre lui-même dans le tableau (interprété par Marin Scorsese). 
Les couleurs, les sons, les images composent un univers tour à tour harmonieux et dissonant servi par les deux musiciens complices du trio et par les interventions venues d’ailleurs par l’entremise du saxophone d'Hervé Gourdikian. Ces dernières ajoutent une touche d’émotion à ce bouquet final en forme de quartette.

Distribution
Olivier LouvelGuitare
Gilles CoquardContrebasse
Stéphane HuchardBatterie
Hervé GourdikianSaxophone